La forteresse médiévale Cherven



Histoire

Localisation
La forteresse médiévale se trouve au nord du village de Cherven, Région de Rousse, à 30 km au sud du Danube, dans la région des gorges des rivières Lom. Comme la plupart des fortifications des 12e – 14e siècles, elle est perchée sur une falaise en longueur difficile d’accès, entourée par les méandres du Roussenski Lom. On y accède en montant les 235 marches dans la roche.

Origine du nom de Cherven
Plusieurs suppositions à ce sujet existent. Karel Shkorpil et T. Uspenski ont découvert à Shumen une inscription du 10e s. portant le nom de la forteresse Cherven (τοΰ Τιεβρινί) et la relient avec une localité disposée à 26 km de Russe. Le Prof. Petar Mutafchiev considère que Cherven a été fondé par des immigrants russes, qui lui auraient donné le nom de leur lieu d’origine en Russie, chassés par les envahisseurs tatars. Dans cet ordre d’idées, il est également envisageable que le nom de Cherven ait une origine ukrainienne. Il est mentionné dans l’hagiographie de Theodose de Tarnovo (14e siècle), ainsi que par Michel Phile (13e – 14e s) au même titre que Lovech et Budin (Τξερβενός). On le retrouve dans le Synodique du roi Boril (1207-1217), mentionné comme Cherveni, et rattaché au patriarchat de Tarnovo, plus tard il est qualifié de «vilaet» et de forteresse, mise au service des occupants ottomans. D’après N. Kovachev, l’origine du nom est liée au sens premier de celui-ci (la ville rouge), dû à la couleur du sol ou aux minerais de limonite et hématite, extraits dans la région. Une légende locale raconte qu’à la fonte du métal, la nuit, le ciel prend une teinte rouge feu et rend le lieu repérable de très loin. Le Prof. Yordan Zaimov explique l’origine du nom par celui d’un coquillage utilisé pour l’obtention de colorant rouge. Si on cherche l’origine du nom dans l’adjectif «cherven» dont le sens premier est «rouge», on pourrait se tourner vers son autre signification: «beau, joli», sous-entendant que la ville était impressionnante et florissante depuis sa fondation.

Sources
La «Légende du Prophète Isaïe », une apocryphe bulgare du 11e s, raconte qu’à Cherven « un roi appelé Guega et surnommé Оdelian, fonda sur la terre bulgare les cités de Cherven, Nesebar et Shtip», ce qui prête à croire que Petar Delian (1040-1041) en est peut-être le fondateur. Toutefois, il s’agit probablement de restauration de forteresses, et non de leur fondation initiale.
Le Synodique de Boril mentionne trois mitropolites de Cherven: Neophyte, Calinique et Zacharie. L’hagiographie de Theodose de Tarnovo (2e moitié du 14e s) raconte qu’ «à la recherche de connaissances, il quitte les écoles littéraires de la capitale et, à la manière d’un commerçant avisé et intelligent, qui espère un meilleur bénéfice, en pensant trouver mieux, atteignit un lieu appelé Cherven », où il s’établit. La ville est également mentionnée dans le poème de Manuel Phile qui relate l’expédition du chef de guerre Michael Glava contre Ivaylo (1277-1279). On y apprend qu’il a occupé Cherven ainsi que les grandes forteresses de Preslav, Lovech et Vidin.
L’état de la ville au temps des invasions turques est décrit dans la chronique de Mehmed Neshri (15e s) où on lit qu’une des plus grandes villes de la Bulgarie de Shishman (1371-1395) fut envahie par Ali Pasha au cours de son expédition destructrice en Bulgarie du nord-est en 1388.
Dans un registre fiscal de la première moitié du 15e s, qui décrit les biens immobiliers du sandjak de Nikopol (l’ancien royaume de Tarnovo), Cherven est décrit comme un centre de «vilayet» (région/province), possédant 107 maisons, qui couvrait des territoires considérables dans les régions des rivières Lom et la région du Ludogorie. A cette époque la forteresse de Cherven abritait une garnison de 57 hommes d’armes et 3 officiers. A la fin du 15e s, Cherven est déjà centre de «nahia» (commune). Il le reste, au même titre que Tarnovo et Lovech, jusqu’à la deuxième moitié du 17e s. D’autres informations nous viennent de Filip Stanislavov au 17e s, quand Cherven ne comptait que 30 maisons bulgares habitées par environ 250 personnes. La même image de cette période est donnée par le voyageur turc Hadji Kalfa, qui décrit les ruines encore debout de deux églises et 30 maisons chrétiennes.
Au cours du 19e s, Georgi Rakovski, Felix Kanitz, Konstantin Iretchek et d’autres scientifiques et explorateurs visitent Cherven, en décrivant une ville abandonnée depuis longtemps et complètement effondrée. Une description détaillée en est faite par Karel Shkorpil dans son livre « description des antiquités sur le cours de Russenski Lom ». En 1910-1911, le Prof. Nikolay Zlatarski entreprend des fouilles d’une des églises de la ville, à la demande de la Société Archéologique de Sofia, qui reprennent de manière systématique en 1961.

Données historiques
De par sa localisation, la région bénéficie d’une protection naturelle grâce aux hautes falaises sur trois de ses côtés, ce qui a favorisé son peuplement dès la fin de l’age du Bronze (1500 - 1200 av. J. C.) et le début de l’age du fer (1200 - 600 av. J. C.) par les thraces. La vie sur le plateau continue jusqu’au 5e-1er s av. J. C. et se développe plus tard au cours de l’époque romaine (du 1er au 4e s.). Au 4e et au 5e siècles, les invasions des Huns sous Attila laissent toute la Mésie et la Thrace complètement dévastées.
Le 6e s. voit les arrivées des tribus slaves. Pour empêcher leur avancée, l’empereur Justinien (527-565) édifie plusieurs chaînes de fortifications: une le long du Danube, deux dans les défilés du Hemus (c.a.d les Balkans), et dans les Rhodopes, ainsi que trois autres en défense des villes sur la Mer Noire. L’historien bysantin Procope mentionne plus de 500 forteresses et cités, restaurées ou récemment fondées. Pour les événements qui ont suivi, on s’appuie sur le chroniqueur bysantin Jean d’Efese: « La troisième année qui suivit la mort de Justinien, au temps de Tibère le Glorieux, le peule maudit des slaves fondit sur toute l’Ellade, sur la région de Salonique et sur toute la Thrace. Ils s’emparèrent de beaucoup de cités et de forteresses, dévastèrent, brulèrent et pillèrent le pays et l’occupèrent; ils s’y installèrent sans aucune peur, comme si ce pays leur appartenait. Ceci dura quatre ans, pendant que l’empereur était occupé dans la guerre contre les Perses et y envoyait toute son armée». Au cours de tout le siècle suivant (le 7e siècle), ces territoires subissent les attaques et les pillages des slaves de Dacie, des bulgares de Turan menés par Zabergan et des Avars. A la fin du 7e s, une partie des slaves et des protobulgares s’y sédentarisent et les protobulgares donnent leur nom au peuple nouvellement apparu.
La forteresse de Cherven est détruite et dépeuplée dès l’époque bysantine initiale (4e – 6e s). Ce n’est que vers le 9e – 10e siècles qu’une population bulgare la réoccupe. Au 11e siècle, la population augmente à tel point que de nouveaux murs d’enceinte apparaissent au fur et à mesure pour entourer les nouveaux espaces urbains. Suivent des années de grandeur et de décadence, marquées par la lutte incessante contre Bysance pour l’indépendance.
A la 2e moitié du 9e s le paysage bulgare était parsemé de nombreux centres urbains populeux, avec une majorité de population rurale, quand le pays succombe à l’occupation bysantine (1018). Au 12e siècle les terres bulgares subissent les raids des hordes de madjars et de normands.
Au 11e – 12e s, la population est réduite et appauvrie, suite aux nombreux enrôlements de bulgares pour l’armée de Bysance, en soutien à ses nombreuses et lointaines guerres. La localité est probablement détruite lors d’une attaque de l’armée de l’empereur bysantin Jean Tzimiskes (en 971) ou de Basile II (en 1001).
Après la libération de 1186 (l’insurrection d’Asen et Petar), Cherven prend peu à peu un statut de ville, pour devenir l’un des principaux centres urbains de la Bulgarie du Moyen-Age. A la deuxième moitié du 13e s, la forteresse prend son aspect définitif de ville médiévale au développement intense, pour se démarquer de toutes les autres de la Région des rivières Lom (Polomié en bulgare). Son importance s’accroît encore quand il devient siège de la Mitropolie bulgare de Cherven en 1258. Après avoir subi l’invasion tartare de 1242, la ville est occupée par l’armée bysantine de Michael Glava Tarchaniote, pendant le règne d’Ivaylo (1278-1280). Cherven a fait partie des possessions du roi bulgare Georgi Terter (1280-1292), le fondateur de la dynastie Terter, dont le représentant le plus remarquable est son fils Theodor-Svetoslav Terter (1300-1321). La tombe de Georgi Terter se trouve dans l’église rupestre Du Baptême (Krashtialnata), qui fait partie de l’ensemble médiéval rupestre d’Ivanovo. A cette époque, la ville doit affronter les hordes tartares arrivant d’Asie, elle est de nouveau envahie, pillée et détruite.
Au cours de sa reconstruction après l’expulsion des envahisseurs au début du 14e s, tout le plan urbain se voit modifié.
Pour faire face aux besoins croissants de nouvelles monnaies, Cherven devient l’un des centres de frappe en Bulgarie vers la 2e moitié du 14e siècle. Au cours de l’occupation bysantine, la population a gardé sa composition ethnique, en restant majoritairement bulgare et en prenant certainement part au mouvement de libération des frères Asen et Petar (1186). On peut supposer qu’il était parmi les premières cités libérées de l’Etat bulgare restitué.
A leur arrivée, les hordes ottomanes l’occupent et le brûlent, pour plus tard reconstruire les fortifications et y installer une garnison turque. Certaines des églises sont transformées en mosquées, puis une nouvelle mosquée prend place au sommet du plateau. Au 16e s. l’activité au sein de la forteresse diminue considérablement et le siège de la Mitropolie est déplacé à Russe. La ville perd son rôle de centre religieux. Dans son récit de 1598, Pavel Djordjich qualifie le Mitropolite de Cherven d’ «Evêque de Russe ». La population quitte le plateau et s’établit à la place du village actuel, attirée par les conditions de vie plus favorables.

La vie dans la forteresse
La localisation favorable et le système de fortifications fiable ont fait de Cherven un centre militaire important qui servait de bouclier à la capitale de Tarnovo par le nord.
Le plan urbain initial représente une citadelle et une ville «extérieure», non-fortifiée. Les quartiers principaux occupent la partie supérieure du plateau, au nord-est. A cause de l’inclinaison, la partie sud-ouest se retrouve en contrebas.
La citadelle accueillait l’élite de la société, bien protégée derrière les murs. Le développement culturel et commercial de la ville engendra une augmentation de la population, qui, de son coté, amena de multiples aménagements des fortifications. A la fin du 12e siècle et au début du 13e, seule la partie la plus élevée bénéficie de la protection des murs avec leurs tours carrées, dont la disposition reprend le plan de la forteresse bysantine précédente.
Au 14e s, de nouvelles résidences s’élèvent dans la partie ouest du plateau, situées d’abord dans la «ville extérieure», sans protection. Par la suite, à deux reprises, des murs d’enceinte sont élevés, renforcés par des tours semi-circulaires, élément atypique pour cette époque. Un étroit creux du terrain et peut-être un fossé artificiel séparaient ce quartier de la citadelle. De cette façon la surface de la ville « intérieure » s’est étendue, grâce aux rajouts des parties nouvellement fortifiées de la ville «extérieure». A la même époque, la partie est de la ville intérieure se dote de nouveaux bâtiments résidentiels, mais les invasions turques de 1388 empêchent la fortification ultérieure.
Cette version initiale de ville fortifiée prend peu à peu l’aspect d’une citadelle à caractère urbain. Sur les côtés est, nord et ouest du plateau, les hautes murailles sont flanquées de tours de défense. Sur le coté sud, en profitant de la protection naturelle du terrain, le mur sud n’est bâti que des deux coins du plateau, ainsi qu’entre les deux parties de la colline. Il est démontré que la citadelle a été restaurée à trois reprises après de graves destructions : au début du 13e s, la première moitié du 14e s et vers la fin de celui-ci. La tour ouest de la Citadelle est la mieux conservée, ultérieurement endommagée par le tremblement de terre de 1977. Elle a servi de prototype pour la recontruction de la tour de Baudouin de Tsarevets à Tarnovo. D’après St. Yordanov, «Cherven voit son rôle stratégique et militaire, ainsi que son importance économique, sa croissance démographique et son expansion territoriale prendre une ampleur telle que la tendance à la fortification des zones urbaines s’affirme et les cadres d’urbanisme valables jusqu’alors sont dépassés. »

La citadelle
Le centre urbain est occupé par le château féodal ou «fortification de plateau autonome» (K. Shkorpil), ayant une fonction administrative. De forme irrégulière (+/- 60 m x 30 m), son plan est orienté sud-est – nord-ouest. La surface fortifiée est d’environ 2000 m2. Lors de son édification, on a tenu compte au maximum de la protection naturelle offerte par le terrain, notamment des falaises à pic, ainsi que de la proximité immédiate de la rivière, rendue accessible grâce au sentier taillé dans la roche. L’edification du château féodal a eu lieu en deux étapes : 1) la fin du 12e et le début du 13e siècles, et 2) la première moitié du 14e s.
En s’appuyant le long du mur d’enceinte, les bâtiments sont disposés autour d’une cour occupée principalement par l’église N°3. Faisant face à l’entrée du château, elle complète et anime les silhouettes des murs et des volumes tout autour, avec son plan, ses niches et ses colonnes, tous de forme semi-circulaire. L’alternance des rangées de pierres blanches et de briques, les arcades soulignées de deux rangées de briques et décorées de coupelles en céramique, contribuent à la richesse du dessin global. Les logis sont disposés à l’étage et les pièces à vocation logistique ou militaire au rez-de-chaussée. Une citerne a été creusée dans le sol de la cour. En cas d’attaque, la tour sud-est et les murs assuraient la défense des occupants du château. Il est à noter que malgré tous les aspects de château féodal de l’ensemble, et les similitudes avec le château de Tarnovo, aucune donnée n’atteste de l’asservissement de la population.
Une découverte intéressante sont les boulets de 0,5 m de diamètre, certains en un matériau semblable au silex, d’autres en calcaire. Trente et un ont été découverts, alignés dans le coin nord-ouest du chateau, deux devant son entrée, et trois devant la pièce N° 2. Très probablement c’étaient des munitions pour l’artillerie à trébuchets, utilisée pour détruire ou endommager les ouvrages de fortifications. Leurs grandes dimensions laissent supposer qu’elles étaient utilisées non pour la défense du château, mais plutôt pour le siège, lors des campagnes de conquête des rois bulgares.

Les églises
La Grand-Place de la Citadelle occupait sa partie est, entourée de deux églises. Plusieurs autres prennent appui sur le mur d’enceinte, en utilisant ses blocs de pierre dont certaines sont entaillées de croix. Des croix et des effigies des saints patrons de la ville ornent également les portes d’entrée de la forteresse. Les plus grandes et les plus représentatives sont les églises N°s 2 et 4 dans la citadelle et les N°s 1 et 10 dans la partie ouest de la ville. Leurs structures solides en plan croisé à coupole ont des nefs spacieuses et de grands narthex surmontés de clochers. Les façades, avec leurs rangées de pierres et de briques en alternance, agrémentées de décorations en céramique de couleur dans la hauteur, étaient pittoresques. Dans les églises N° 5 et 10, les fresques sont relativement bien conservées. A l’exception de l’église N°2 qui avait une toiture en tôle de plomb, les autres églises étaient couvertes de tuiles.
Elles ont toutes subi de nombreux aménagements, ce qui est le plus visible à l’église N°2, aménagée en cathédrale, avec un synthronon en contrebas dans l’abside de l’autel.
L’église métropolitaine N°1 occupe la partie la plus élevée de la ville « intérieure ». Avec ses 19,50 m de long sur 8 m de large, elle a un plan centré à coupole à trois absides, surmonté d’un clocher. Le bâti des murs est en rangées alternées de pierres et de briques. Les façades sont ornées de pilastres soutenant des arcades sans ouverture, couronnées de guirlandes de grandes rosettes et de coupelles de céramique. Une corniche dentelée terminait le toit couvert de tuiles.
A l’ouest du château, l’église N°4 reprend la même structure: plan centré à coupole à trois absydes, avec un clocher. Les rangées en alternance de pierres et de briques ont des fonctions décoratives et constructives. Sa façade est particulièrement pittoresque encore aujourd’hui. Les murs modulés par des demi-colonnes étaient décorés de frises de rosettes et de coupelles de céramique multicolore, surmontant les arcades décoratives en pointe, similaires à celles des églises de Nessebar.
En face du château se trouvent les ruines de la cathédrale du Mitropolite de Dorostol et de Cherven. C’est l’une des 13 églises de la ville définies comme appartenant à l’école architecturale de Tarnovo. Elle aurait été construite rapidement vers la fin du 14e s, devant la menace imminente des hordes turques, ce qui a imposé le déplacement du siège métropolitain vers l’église N° 2.
Une inscription découverte en ville révèle l’existence d’une église arménienne.
La plupart des églises sont de plan centré à une ou trois absides à l’est et des narthex, dont certains surmontés de clochers. Les murs de toutes étaient couverts de fresques, dont une partie infime est conservée. L’espace intérieur était aménagé de salles spacieuses meublées de bancs de pierre. On peut supposer qu’elles accueillaient les réunions des autorités locales émergentes, à l’image de ce qui se passait en Europe Centrale et Occidentale.

Bâtiments
Les bâtiments résidentiels sont dispsosés en amphithéatre autour de la Grand-rue, avec vue sur elle. Ceux détruits par l’invasion tartare ont été remplacés par de nouveaux bâtiments administratifs et publics. Les limites des murs d’enceinte ont imposé une urbanisation densifiée dans la Citadelle, ainsi que dans la ville même. Les bâtiments résidentiels avaient plusieurs étages, le niveau inférieur souvent creusé dans le sol rocheux. Les murs, épais de +/-50-80 cm, sont en pierres concassées, maçonnés en terre crue. Les niveaux supérieurs étaient probablement en matériaux périssables.
Le bâti donne des indications sur la fonction et la période de construction. Les différences portent principalement sur l’épaisseur et le bâti des murs.
* Le mur ouest reprend la construction, conservée sur 5 m de hauteur, de l’époque bysantine initiale, les grands blocs surmontés de plus petits, avec un remblai de pierres concassées maçonné au mortier blanc et renforcés de poutres de bois à l’horizontale. L’épaisseur de 1,50 - 1,80 m du mur, plus petite que la base bysantine, est compensée par un fossé creusé par-devant. Appuyées sur ce mur de l’intérieur, des casernes, et plus loin, une petite église à nef unique. C’est ce mur qui divise la ville en deux parties et est le mieux conservé.
Dans la partie nord de ce mur se trouve un des rares exemplaires bien conservés de l’art des fortifications bulgares du 14e siècle, une tour. Elle a une base carrée de 8,5 m de côté et une hauteur de 12 m. Construite sur les bases d’une tour-porche en forme de fer à cheval de l’époque bysantine initiale, elle porte à son sommet une plate-forme crénelée et en machicoulis. La façade ouest a des meurtrières.
Pendant l’Antiquité tardive, et une partie du Moyen-Age, l’entrée ouest se trouvait dans cette tour, fermée lors d’un aménagement. Une nouvelle entrée fut percée au sud de la tour. Pour une meilleure protection, elle fut surmontée d’une plate-forme légère en surplomb vers l’extérieur. Les «nids » des poutres qui la soutenaient sont encore visibles. Cet aménagement s’est terminé par l’édification de tout un complexe de casernes.
* Le mur est, épais de 2,30 m, a été entièrement refait par-devant les ruines de l’ancien, et est flanqué de plusieurs bastions disposés à 11 mètres l’un de l’autre.
* Les murs du château (1,20 - 1,50 m) ont été bâtis en rangées presque irrégulières de pierres taillées grossièrement en même temps que les contreforts.
* Les bâtiments résidentiels sont en pierres concassées, maçonnées en terre crue; les fondations qui ont subsisté témoignent d’un bâti plus « rustique ».
* Les façades des murs d’enceinte sont aussi en pierres brutes, remplis de balast et maçonnés de mortier blanc.
* Près de l’enceinte sud, une église entièrement taillée dans la roche attire l’attention.

Economie et artisanat
Cherven était un grand centre artisanal et métallurgique. La partie ouest a découvert ses ateliers, ses équippements de fonte et de traitement du minerai, et dans la Citadelle on pratiquait la bijouterie.
Le grand nombre de monnaies diverses, parmi lesquelles une quantité considérable de Valachie, témoigne d’un commerce très développé, surtout avec les terres au-delà du Danube. L’église N° 10 nous a révélé 13 icônes en relief miniatures en céramique, des sculptures d’oiseaux, les reliefs découverts sur les chapitaux aux visages humains, et autres. Les quartiers d’artisans sont disposés au pied de la falaise près du mur d’enceinte. La poterie était également bien développée. Les potiers de Cherven produisaient des ustensiles de cuisine pour l’usage quotidien ainsi que des pièces à la sgraffitte.
L’orfèvrerie y était bien établie, à en juger par les nombreux creusets en terre cuite, moules, outils etc. Une des grandes maisons de la ville intérieure a révélé un dépôt de monnaies avec un lingot d’argent et du fil d’argent fin, propriétés probables d’un orfèvre. Parmi les trouvailles il y a encore des bagues, des boucles d’oreilles, des boutons en argent et en cuivre, etc. Comme la ville connaissait une grande activité de construction, les métiers à son service y étaient également implantés: taille de pierres, briqueterie, scierie. Une grande partie de la population s’occupait d’agriculture, à cause de la nature fermée de l’économie médiévale, qui de son coté supposait des besoins en nourriture et donc de commerce de produits agricoles. L’élevage y était également développé. A l’est du château on identifie des restes d’écuries avec les mangeoires taillées dans la roche. On trouve partout des fers à cheval ainsi que des ossements d’animaux domestiques. Les dépôts de monnaies découverts témoignent du commerce actif qui s’y déroulait. L’un est composée de 1815 groches d’Ivan Alexandre et Mihail Assen (1331-1355) et d’Ivan Shishman (1371-1391). Un deuxième grand dépôt de groches d’Ivan Shishman a été trouvé dans les mines au nord-est de la ville. En ville, deux dépôts de pièces d’argent de 360 et 495 groches et demi-groshes d’Ivan Alexandre et son fils Mihail Assen, Ivan Stratsimir (1360-1396), ainsi que des pièces de Valachie de la deuxième moitié du 14e s.
En 1952 des ateliers ont été découverts, équipés de profonds fourneaux en forme de poire, creusés dans la roche, pour la fonte du métal. Un canal, percé dans les murs, encore visible, assurait l’arrivée d’air nécessaire pour la technologie. De grandes quantités de scories de fer se trouvaient à coté, ce qui témoigne de l’industrie métallurgique de Cherven, basée sur des quantités limitées de limonite et d’hématite dans la région.

Sources et réserves d’eau
Pour assurer la résistance de la ville en cas de siège, de grandes quantités d’eau devaient être stockées, dans deux citernes. L’une était creusée dans la roche, l’autre se trouvait dans le château.
En cas de siège, la tour d’eau au-dessus du puits, près du logis seigneurial, était également utilisée, alimentée par une source à haut débit captée dans une pièce voutée à sa base. Par un tunnel haut de 2,40 m, dont les parois en blocs de pierres régulières fines étaient percées au plafond par un puits d’aération, on atteignait un couloir couvert à la base de la falaise. Des marches y sont taillées à cause de la forte pente. Elles se retrouvent également dans le couloir et le tunnel. Comme cet ouvrage fournissait la Citadelle en eau, il était fortifié.

Les rues
Les rues étroites et les murs élevés ont été construits de manière à optimaliser le terrain disponible, tout en donnant l’impression d’espace et d’ordre. Les murs mitoyens et transversaux formaient un obstacle pour les ennemis extérieurs, mais offraient aux habitants de la ville une vue pittoresque vers la rivière et le paysage alentour. Dans la Citadelle, des quartiers distincts se sont formés autour des églises. Le réseau des rues était également bien élaboré. L’axe principal est donné par la grand-rue qui traverse la ville d’est en ouest en rejoignant les routes à l’extérieur. C’est autour de cette rue, ainsi que de quelques autres de moindre importance que sont disposés les bâtiments résidentiels, annexes et autres. Son tracé tient compte de la défense de la ville, puisqu’en longeant le château, il bifurque vers un passage étroit (large de 2,60 m) en direction de la porte ouest. Creusée dans la roche, elle continue d’un virage en pointe vers la porte.
Du côté extérieur de cette porte se trouvait le fossé qui était un obstacle supplémentaire pour les attaquants. On suppose que les commerçants, les paysans, les boyards, le mitropolite et les chevaliers empruntaient aussi un autre chemin en venant du Danube, qui passait par Selishte.

Religion
Sur les parois des églises du 12e – 14e siècles ont été découvertes quelques images de chevaliers, cerfs et griffons aux formes énormes et bizarres. Comme cette région a été peuplée encore au temps des Thraces, il est logique que Cherven ait déjà été un centre cultuel païen, avant la christianisation. C’est ici que se trouvent les plus anciens monuments funéraires de Bulgarie, réutilisés dans le mur d’enceinte. La ville a été pendant des siècles un centre militaire et administratif des «hartsoi» (en bulgare "хърцои" ). Le groupe ethnique des «hartsoi» apparaît suite à l’union entre bulgares, slaves et thraces, et leur nom fait référence au dieu solaire slave «Hars /Hărs». La forteresse se trouve près du village de Koshovo. On y a découvert des autels sacrificiels appelés «sharaptani», qui attestent de l’importance de Cherven comme centre religieux avant le christianisme. Encore, les lieux qui entourent le plateau: au sud, Tumbata, au Nord, Goliam Ray Manastir, (goliam ray signifie le grand paradis), Malak Ray Manastir (malak ray signifie le petit paradis), et Koshuta, définissent Cherven comme centre religieux païen. De nos jours encore, dans le village moderne, les pierres tombales portent les signes de l’ « arbre cosmique » païen.
Un ensemble monastique rupestre a été découvert, avec un grand nombre de fresques en bas-relief, dont on sait qu’il a été édifié avec la donation d’Ivan Assen II. Le monastère avait une école qui formait des jeunes hommes pour le clergé et des professions laiques.
Ville métropolitaine, Cherven attirait les lettrés, les peintres et autres acteurs de la culture médiévale. Depuis 1235, quand elle est déclarée centre métropolitain, on note l’apparition et le développement de la moinerie rupestre dans la région, qui a légué les nombreux monastères sur les falaises le long de la rivière Russenski Lom. Le développement de Cherven est directement lié au grand complexe monastique rupestre près d’Ivanovo, situé à environ 15 km de la ville. Ses fresques sont représentatives de la grande maitrise des artistes bulgares de ce temps et lui ont valu la reconnaissance de patrimoine mondial de la culture par l’UNESCO.

Route médiévale
A environ 500 mètres au nord-est, au lieu-dit Moskov Dol, on tombe sur les traces d’une route pavée de dalles et large de 4,5 m. Un peu plus bas, sur les deux rives de Cherni Lom, les restes de poteaux de soutènement d’un pont sont encore visibles. De là, la route longeait la forteresse par la pente nord-ouest jusqu’à la partie sud-ouest. Son orientation suggère qu’elle menait à Tarnovgrad (Tarnovo). Une bifurcation en direction de Russe s’y trouvait certainement. Le dallage n’est conservé que par endroits, mais, bien que considérablement recouvert de broussailles, le tracé reste visible.

Articles

Les boulets de pierre de Cherven : guide vers l’histoire militaire de la bulgarie au Moyen-Age (texte en bulgare)

Photos


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Plans


Крепостта Червен - план

Visite

Altitude : 113 m.
Coordonnées GPS : 43*37’24” Nord et 26*01’22” Est.
Les découvertes archéologiques de Cherven sont conservées au Musée National d’Histoire à Sofia, au Musée National d’Archéologie à Sofia ainsi qu’au Musée Régional Historique de Russe. Déclaré réserve historique nationale en 1965, c’est un site touristique très populaire équipé d’une bonne infrastructure.
Dans le volet «Développement du tourisme culturel», financé par le programme «Phare», le projet «Russe – Ivanovo – Cherven: voyage du présent vers le Moyen-Age» a été défini comme le plus sérieux et le plus grand.
Ce financement a permis le revêtement de la route du parking à la tour de garde, l’édification de marches, ainsi que d’un pont piéton vers son entrée, la pose de garde-corps, la réparation des revêtements de sols. Un centre de services à coté du parking avec WC, un infocentre, une boutique de souvenirs, est à disposition des visiteurs. Un réseau d’évacuation, la réparation du sytème existant d’alimentation en eau, l’alimentation en électricité de la base archéologique ont aussi été financés par ce projet.

Sources

Pour les sources, disponibles seulement dans la langue d’origine, se référer à l’article en bulgare.
Auteurs : Hristinka Hristova, Angel Konakliev, Tsanko Minkov, Milko Gardev
Photos : Milko Gardev, Yanislav Jelev